Comme beaucoup de mes lecteurs, je n'ai pas bien connu les premières machines Apple (bien qu'ayant découvert l'Apple 2 lorsque j'étais -très- jeune).

Ayant grandi avec DOS (config.sys, drivespace etc...) puis les divers implémentations de Windows, toutes les histoires Macintosh, Next etc... m'ont toujours laissé de marbre.
C'est évidemment la découverte de l'iPod qui m'a fait m'intéresser à la patte de l'homme. Une patte mature, une recherche de la perfection de l'ergonomie assez perturbante pour un habitué du monde geek-bidouilleur-PCiste mais qui me semblait encore un peu limité peut être.

Steve inventa alors un truc étrange, techniquement déficient et ridiculement réchauffé par rapport à mon Qtek 9100. Un truc qui s'appelle l'iPhone.
Je ne suis ni un gourou ni un fanboy d'Apple, fidèle à la firme depuis les années 1980. Mais comment ne pas avouer que l'homme derrière cet appareil ait changé ma vision, notre vision de la technologie. Un appareil moins puissant que mon Windows Mobile de l'époque (et même pas 3G!) mais qui pour la première fois, mettait l'ingénieur que j'étais à la place de l'utilisateur, le vrai :

  • Celui qui grogne parce que son imprimante n'imprime pas depuis le bac n°3

  • Celui qui se fout que vous ayez optimisé la réplication de votre AD pour que les collisions n'apparaissent jamais et que vos GPO et scripts soient les plus optimisés de l'Ouest.

  • Celui qui veut juste que "l'informatique" soit un moyen facile pour lui de travailler et non un truc qui coute cher et dont les budgets débordent forcément pour un résultat chaotique

Steve Jobs est un visionnaire génial car il a compris avant les autres la recette d'un miracle : faire converger et réconcilier les vues opposées de l'ingénieur et de l'utilisateur grâce à un simple appareil, ni téléphone, ni ordinateur mais réunissant le meilleur des deux dans une interface graphique cohérente.

Un outil parfaitement conçu, à l'esthétique sans faille et à l'ergonomie innovante (surfer sans clavier?), permettant d'utiliser la puissance d'Internet de n'importe où, de faire sa recherche Wikipedia sur un problème complexe, comme de réserver ses places de cinéma depuis le café du coin. Une évidence aujourd'hui. Mais en 2007?

En un sens, il a contaminé le monde avec sa manière d'être. En tyran assumé n'acceptant que la perfection, il nous a fait prendre conscience que pour atteindre celle-ci, il ne suffit pas d'avoir le meilleur matériel/code/infra... mais qu'il FAUT passer de l'autre côté du miroir et "devenir" l'utilisateur. Un geek assumé qui défends le maléfique user final?

Cette idée a nivelé vers le haut notre recherche de la qualité. Nous somme tous beaucoup plus difficiles avec notre métier qu'avant l'iPhone et n'acceptons plus que "ça plante, c'est moche, c'est lent".

L'iPad a ensuite transformé l'essai avec une puissance technique incroyable intégralement au service de l'expérience utilisateur. On murmure alors qu'Apple vient peut être de créer l'aire post-PC, et pourtant, certains en profitent pour découvrir le côté "Jobien" de l'informatique moderne avec le Macbook et OSX, ce que Linux n'aura finalement jamais réussi à faire.

Un univers léché, somme toute assez complémentaire du Windows Server et idéal pour l'utilisateur final pour ses tâches quotidiennes et permettant le passage via une passerelle TS/Citrix vers le monde de l'entreprise de Microsoft.

Steve Jobs n'est plus, mais sa vision de nos métiers a transformé à jamais notre approche de l'informatique, tout  comme notre quotidien. Son travail pour la reconnaissance de l'univers Geek aura d'ailleurs permis à beaucoup d'entre nous d'assumer cet adjectif, si péjoratif il y a encore 10 ans.


Avec l'immensité de l’œuvre qu'il nous a laissé , comment croire que Steve Jobs ne soit plus parmi nous? On reconnait le génie visionnaire par son emprunte sur le monde. Un type qui en change les règles de fonctionnement est donc immortel.


Jonathan